mercredi des Cendres - 17 février 2010       

                                        

Convertissez-vous

et croyez à l’Evangile

         

            Ces mots nous sont adressés à chacun lors de l’imposition des cendres. 

            Cette année, ils prendront une coloration toute particulière pour notre communauté paroissiale. En effet, trois rendez-vous nous sont proposés pour ce carême : 

-          le jeudi 4 mars, nous pourrons venir prier et méditer l’Evangile selon saint Luc dont la lecture continue sera assurée de 9 heures à 17 heures en l’église Notre-Dame ;

-          aux eucharisties dominicales des samedi 20 et dimanche 21 mars, nous pourrons manifester notre partage en apportant des denrées non périssables qui seront remises à la Banque Alimentaire ;

-          le mercredi 31 mars, la Journée du Pardon de 8h30 à 20h30 en l’église Notre-Dame nous donnera de goûter la joie du salut. 

            Les mots de la liturgie des Cendres, rappelés ci-dessus, soulignent tout particulièrement l’importance de la Parole de Dieu dans notre vie chrétienne. Dieu, pour se faire connaître, a pris notre langage humain ; il nous parle et désire entrer en dialogue avec nous. Il nous faut donc L’écouter et laisser sa Parole prendre chair en nos vies. Cette année C étant celle de l’évangile selon saint Luc, c’est celui-ci qu’ensemble nous proclamerons et laisserons pénétrer la terre de nos cœurs. 

            Cette Parole – le Verbe – se fait chair. En Jésus le Christ. Et à sa suite, dans son Corps dont nous sommes tous membres. Pas de foi sans incarnation ! C’est pourquoi nous pourrons poser un acte

concret de partage ; saint Jacques nous le rappelle dans sa lettre : Supposons que l’un de nos frères ou l’une de nos sœurs n’aient pas de quoi… manger tous les jours… si vous ne leur donnez pas ce que réclame leur corps, à quoi cela sert-il ? 

            Aussi, pour que la lumière du Christ éclaire nos intelligences et nos cœurs sur ce qu’il y a à convertir dans nos vies, la grâce du pardon de Dieu nous est offerte et nous retourne vers Lui et vers nos frères. 

Seigneur,

tu as pris un langage d’homme

pour nous révéler ton nom ;

tes paroles nous disent

ton amour inlassable et ton pardon.

Donne-nous ton Esprit pour le comprendre ;

rends-nous attentifs à tes appels,

guide-nous, par ta Parole,

sur les chemins des hommes.

 Sr Chantal-Marie Sorlin

 

1er dimanche de Carême - 21 février 2010      

                                                                           Il est écrit…

           

            Le passage de l’évangile de Jésus Christ selon saint Luc, proclamé en ce premier dimanche de carême, confirme l’orientation voulue pour ces quarante jours, à savoir la place primordiale donnée à la Parole de Dieu dans notre vie d’hommes et de femmes baptisés en Christ. 

            Jésus, confronté à l’épreuve de la vie, avec ses tentations de matérialisme, de pouvoir et d’utilisation du divin, dispose de deux moyens pour discerner et prendre le chemin de la Vie : l’Esprit Saint et la Parole de Dieu. 

 

·         L’Esprit Saint

Quelques versets plus haut, Luc évoque le baptême de Jésus comme la manifestation de la communion trinitaire : alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ». Au baptême du Christ, il nous est ainsi donné de voir la relation qui relie le Père et le Fils dans une communion incessante. Et c’est l’Esprit filial qui conduit Jésus sur le chemin terrestre.

Or, si le Fils de Dieu s’est fait homme, c’est bien pour pouvoir vivre sa vie filiale dans notre chair, dans notre condition humaine, et ce au titre de Premier-Né de l’humanité sauvée, renouvelée, accomplie. Son incarnation qui est allée jusqu’au bout, à savoir la mort et la résurrection, c’est pour nous qu’il l’a vécue, pour tous les hommes. En lui, par lui et avec lui, notre humanité devient temple de l’Esprit, cet Esprit reçu qu’il libère de son côté transpercé et répand sur ses disciples au soir de Pâques.

Baptisés dans l’Esprit Saint, les chrétiens peuvent ainsi progresser au fil de leur vie terrestre dans la vie filiale inaugurée par le Christ.

Remplis de l’Esprit Saint, nous avons à nous laisser conduire par lui. L’Esprit du Fils est-il vraiment le maître de ma vie ?

 

·         La Parole de Dieu

Dans sa lettre aux Ephésiens, Paul nous avertit : Prenez… l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En effet, Jésus fait face à l’Adversaire avec cette arme de la Parole de Dieu. C’est elle qui éclaire sa route, c’est elle qui lui sert de boussole pour ne pas perdre le nord dans l’épreuve. Mais cette épée, il ne la manie pas n’importe comment. En effet, à la troisième tentation, c’est le démon qui cite un verset du psaume 90. Car il connaît les Ecritures lui aussi, mais il les dévoie, au sens où il utilise des versets bibliques pour ses propres fins. A l’inverse de l’attitude filiale : Ecoute, Israël… Aujourd’hui encore, que ne fait-on au nom de Dieu, à coups de versets bibliques : cela s’appelle le fondamentalisme, entre autres perversions. Jésus, lui, se positionne en Fils plein de grâce et de vérité. Les Ecritures, il les connaît et ne les travestit pas.

Baptisés en Christ, poursuivons notre quête de connaissance de la Parole de Dieu, connaissance solide et authentique, puisque c’est elle qui fait de nous des hommes libres.

 

La Parole est près de toi,

elle est dans ta bouche et dans ton cœur.

 

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

2e dimanche de Carême - 28 février 2010      

                                                                          

Ecoutez-le

 

L’évangile de la Transfiguration en saint Luc nous montre un Pierre accablé de sommeil et qui ne savait pas ce qu’il disait. Cependant, une voix parvient à se faire entendre, demandant aux disciples d’écouter : Celui-ci est mon Fils… écoutez-le. Et détail amusant : à partir de ce moment-là, Pierre et ses compagnons gardent le silence.

L’accablement de sommeil, la torpeur qui tombe sur un homme, sont fréquents dans l’Ecriture. Cela nous dit que l’activisme humain nous fait nous comporter comme si nous étions l’Origine de tout, alors même que nous sommes créés, que nous recevons la vie et que nous nous recevons nous-mêmes d’un Autre. Le sommeil nous remet à notre place. Il fait taire également nos inepties et nous met alors en état d’écoute. Et à partir de ce moment-là, notre propre parole devient sobre et juste.

Ecoutez-le… Cette invitation divine prend pour notre communauté paroissiale cette semaine un relief tout particulier. En effet, ce jeudi 4 mars, de 9 heures à 17 heures, certains parmi nous, en serviteurs de la Parole, vont proclamer en lecture continue l’Evangile selon saint Luc.

La Bonne Nouvelle de Jésus Christ selon saint Luc va ainsi retentir depuis l’ambon dans cette église Notre-Dame de Dijon. Qui que nous soyons : paroissiens, fidèles dijonnais, touristes… qui passeront ce jour-là, nous entendrons et sans doute écouterons. Aux proclamateurs de servir la Parole ; le reste sera fait dans les cœurs et les esprits par celle-ci.

« Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine. Dans cette Révélation le Dieu invisible s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis, il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie… »

Cet extrait de la constitution dogmatique du Concile Vatican II, Dei Verbum (la Révélation divine), se poursuit par une exhortation à un attachement aux Ecritures par une lecture spirituelle assidue et une étude approfondie, de manière à ne pas devenir « un vain prédicateur de la parole de Dieu au-dehors », alors qu’on ne l’écouterait pas au-dedans. Le Concile « exhorte de façon insistante et spéciale tous les chrétiens… à apprendre, par la lecture fréquente des divines Ecritures, la science éminente de Jésus Christ. En effet, l’ignorance des Ecritures, c’est l’ignorance du Christ… Ainsi donc, que… la parole de Dieu accomplisse sa course et soit glorifiée et que le trésor de la révélation confié à l’Eglise comble de plus en plus le cœur des hommes ».

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

3e dimanche de Carême - 7 mars 2010      

                                                                          

Le buisson brûlait sans se consumer

 

La Parole de Dieu est comme le buisson ardent regardé par Moïse. Elle est vivante ; elle vient à la rencontre de l’homme, lui rend le cœur tout brûlant, et cela sans jamais s’épuiser. N’avons-nous pas nous-mêmes fait cette expérience d’un passage d’Evangile lu des centaines de fois et qui tout d’un coup devient lumineux et nous touche au plus profond ?

Dans la suite d’Ecclesia 21, ce 27 février, que la « lectio divina » entre davantage dans notre vie quotidienne. Les citations suivantes nous y invitent :

"À propos des textes bibliques médités, ne prenez point prétexte de ce qu'ils vous sont connus, pour faire une moue dédaigneuse ; mais confiez-le à votre cœur avec cette avidité que nous devons toujours avoir, soit à prêter l'oreille aux désirables Paroles du salut, soit à les proférer nous-mêmes. Si fréquemment que les vérités saintes nous soient exposées, jamais une âme qui a soif de la vraie connaissance n'en éprouvera de satiété ni d'aversion. Elles lui seront nouvelles chaque jour, chaque jour également désirées. Plus souvent elle s'en sera nourrie, plus elle se montrera avide de les entendre ou d'en parler. » (Jean CASSIEN – vers 360, Conférence 14,13).

" Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d'une seule de tes paroles, Seigneur? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l'étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu'il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu'il médite.

La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis; elle est comme ce rocher qui s'est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle. Selon l'Apôtre, ils ont mangé un aliment spirituel, ils ont bu à une source spirituelle. Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu'il y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu'il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu'il a été capable d'y découvrir une seule chose parmi bien d'autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l'épuiser, qu'il rende grâce pour sa richesse. Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t'attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s'attriste pas de ne pouvoir épuiser la source. Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.

Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n'as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N'aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d'un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d'absorber peu à peu. " (Saint EPHREM – vers 306)

« … je vous exhorte à devenir des familiers de la Bible, à la garder à portée de la main, pour qu'elle soit pour vous comme une boussole qui indique la route à suivre. En la lisant, vous apprendrez à connaître le Christ. Saint Jérôme observe à ce propos : "L'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ" (PL 24, 17; cf. Dei Verbum, n. 25). Un moyen assuré pour approfondir et goûter la parole de Dieu est la lectio divina, qui constitue un véritable itinéraire spirituel par étapes. De la lectio, qui consiste à lire et relire un passage de l'Écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la meditatio, qui est comme un temps d'arrêt intérieur, où l'âme se tourne vers Dieu en cherchant à comprendre ce que sa parole dit aujourd'hui pour la vie concrète. Vient ensuite l'oratio, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la contemplatio; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu'à ce que paraisse le jour et que l'étoile du matin se lève dans nos cœurs » (2 P 1, 19). La lecture, l'étude et la méditation de la Parole doivent ensuite déboucher sur l'adhésion d’une vie conforme au Christ et à ses enseignements. » (BENOIT XVI)

 

4e dimanche de Carême - 14 mars 2010      

                                                                          

L’onction des malades

Dans la lettre de saint Jacques, il est écrit : L’’un de vous est-il malade ? Qu’il fasse appeler les Anciens de l’Eglise. Ils prieront sur lui après avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le relèvera et, s’il a commis des péchés, il recevra le pardon.

Si nous lisions les Evangiles en repérant tous les passages où il est question de la rencontre de Jésus avec des malades, nous serions étonnés de leur importance. Ainsi Jésus s’est constamment présenté comme soucieux des malades. Il n’est donc pas étonnant que l’Eglise ait toujours manifesté une attention particulière à ces frères et sœurs éprouvés dans leur santé. N’est-ce pas l’Eglise qui se trouve à l’origine des hôtels-Dieu et des hôpitaux ?

D’une part, la souffrance est un mal qu’il faut combattre. D’autre part, elle est présente, plus ou moins, dans toute vie. La foi chrétienne ne fait ni théorie ni beaux discours sur la souffrance. Job déjà ne répondait-il pas aux « diseurs de rien » : J’ai trop entendu de discours semblables, vous êtes tous de tristes consolateurs… La foi chrétienne nous dévoile plutôt une part du visage de Dieu manifesté en Jésus Christ : ce visage de Jésus qui prend soin des malades et les guérit, et aussi l’image du souffrant imprimée sur le voile de Véronique.

Comme participants du sacrement des malades, même s’ils ne sont pas présents au moment de la célébration, il convient déjà d’évoquer tous ceux qui exercent avec sollicitude le rôle de soignants ou de simples compagnons qui visitent. Ils sont vraiment pour le malade comme les sacrements de la présence mystérieuse de celui qui jamais n’abandonne son ami en difficulté.

Dans le sacrement des malades, celui ou celle qui le reçoit annonce à la communauté qui l’entoure un visage de Dieu ; il ou elle nous donne à contempler l’Homme de douleur qui portait nos maladies et était accablé de nos souffrances. Visage de ce Dieu qui ne se paye ni de mots ni de discours, qui se fait chair en notre chair souffrante. Visage de l’Ami « avec nous » en vérité.

Enfin, par l’onction des malades, les personnes affaiblies par l’âge ou la maladie reçoivent de l’Esprit Saint un renouveau de confiance en Dieu et des forces nouvelles pour lutter dans l’épreuve, pour ne pas se décourager, pour vivre et continuer leur tâche parmi les hommes, pour guérir, pour croire et prier, pour vivre en union au Christ mort-et-ressuscité.

Avec les membres de notre communauté paroissiale qui recevront cette onction des malades au cours de l’eucharistie célébrée le 13 mars à 17h30, prions :

Seigneur notre Dieu, tes amis, affaiblis par l’âge et les infirmités, ont demandé pour leur âme et pour leur corps le secours de ta grâce ; dans le sacrement des malades tu leur donnes la force de l’Esprit Saint ; continue de les soutenir ; qu’ils demeurent fermes dans la foi, inébranlables dans l’espérance ; qu’ils donnent à leurs proches le témoignage d’un courage paisible, et manifestent dans leur joie, le rayonnement de ta charité.

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

5e dimanche de Carême - 21 mars 2010      

                                                                          

Parole qui tue ? ou parole qui fait vivre ?

 

 

             L’évangile de ce 5ème dimanche met en comparaison deux façons de parler, deux paroles : une qui tue et une qui fait vivre. Parole qui tue, celle des scribes et des pharisiens : Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Non seulement, ces « tartuffes » veulent la lapidation de la femme adultère, mais ils comptent bien en profiter pour se débarrasser de ce Maître qui dérange. Parole qui fait vivre, celle de Jésus : Moi non plus, je ne te condamne pas

            Cette manière de parler est celle de Dieu. Le Dieu de la Vie. Dieu qui est toujours positif. Il suffit de relire la première lecture. Le peuple hébreu s’est retrouvé coincé entre ses poursuivants et la mer ? le Seigneur fit une route à travers la mer, un sentier au milieu des eaux puissantes. Le peuple vient de souffrir l’esclavage chez les Egyptiens ? Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau. Avec notre Dieu, il y a toujours une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Un monde nouveau est toujours possible. 

            Pas à n’importe quel prix bien sûr. Lorsque Dieu parle, c’est toujours en vérité. Simplement, cette vérité ne condamne pas, n’enferme jamais. Comme dans sa réponse aux scribes et aux pharisiens : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. La parole ne répond pas à la violence par l’agression frontale : elle n’est pas dupe, mais elle introduit l’interlocuteur à l’intérieur de lui-même, là où, devenu partenaire et non plus agresseur, il peut être vrai : Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. De la même façon, la miséricorde du Seigneur pour la femme est une parole d’avenir en vérité : Va, et désormais ne pèche plus.

           Dans ce magnifique passage de la lettre aux Philippiens, Paul ne fait que s’appliquer à lui-même cette façon de parler : je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus… oubliant ce qui est en arrière [et Paul sait bien ce qu’a fait Saül !), et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus

            Parole d’avenir, quel que soit le passé… Parole de vie, quels que soient les déserts… Un monde nouveau est toujours possible avec Dieu.

             Les lectures de ce jour nous interpellent sur nos paroles :

-          parole prononcée par le monde et la société ;

-          parole prononcée par nos Eglises ;

-          parole prononcée par les uns vis-à-vis des autres ;

-          parole prononcée par chacun à l’égard de lui-même. 

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

Annonciation du Seigneur - 25 mars 2010      

                                                                          

Qui dit « parole », dit « dialogue »

 

 

            Cela n’intéresse pas Dieu de parler tout seul. Déjà qu’il ne le fait pas à l’intérieur de lui-même ! En effet, le Dieu de Jésus Christ n’est pas un dieu solitaire… qui se parlerait à lui-même. Avez-vous remarqué qu’à la création de l’homme, il dit : « Faisons l’homme à notre image… ». L’œuvre est accomplie trinitairement. 

            Quand Dieu parle, sa parole n’est pas non plus un « diktat » qui tomberait du ciel sans rien attendre de la terre. 

            Quand Dieu parle, il s’adresse à une personne, qu’il commence par saluer : Je te salue. Il la rencontre dans ce qui fait son caractère unique et irremplaçable : Comblée-de-grâce… Marie. Il exprime un dessein, il propose son projet. Marie elle-même prend la parole, une parole vraie : elle dit son bouleversement, son interrogation pour comprendre. Et Dieu écoute, et Dieu explique. Et à la fin, il attend la réponse de la personne. Extraordinaire dialogue du Créateur avec sa créature, magnifique conversation de partenaires. 

            Ce qui se vit là peut se réaliser pour chacun de nous. Dans la prière, la Parole de Dieu ne nous tombe pas dessus pour ainsi dire abstraitement. Elle ne se fait pas davantage commandement qui ne demanderait aucune réplique. Dieu nous parle à chacun à travers les Ecritures, et c’est tout notre être qui lui répond : notre intelligence qui cherche à comprendre, notre cœur tourné vers notre Source, notre vie incarnée et située ici et maintenant. Dans un climat d’écoute mutuelle, de confiance réciproque, d’amour. C’est cela la prière. 

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion - 28 mars 2010      

                                                                          

O Croix de Jésus Christ

 

 

            Vous souvenez-vous de cette croix illuminée dans notre sapin de Noël ? C’était le tronc de notre arbre festif. Pourquoi la coutume a-t-elle choisi le sapin ? parce que le sapin reste toujours vert, cette caractéristique signifiant alors le désir de toute l’humanité d’une vie éternelle, la vie qui ne finit pas, qui ne meurt pas. C’est bien pour cela que nous avons été créés : il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin de la Genèse. Malheureusement, l’homme et la femme ont pris de ce fruit au lieu de le recevoir du Créateur ; ils l’ont pris comme l’enfant prodigue de la parabole : Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient’… le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre… Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère… 

            Mais à la différence du second fils de la parabole, notre Frère aîné, non seulement s’est réjoui de notre retour à la maison, mais plus, bien plus : il est allé lui-même à notre recherche. Quand le Père appelle l’être humain : Où es-tu donc ? et que celui-ci se cache aux regard du Seigneur Dieu, le Père fait le premier pas en envoyant son Fils bien-aimé. Et nous connaissons la suite : En le voyant, les vignerons firent entre eux ce raisonnement : ‘Voici l’héritier. Tuons-le, pour que l’héritage soit à nous’. Et, après l’avoir jeté hors de la vigne, ils le tuèrent… Or, La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. La croix de Jésus Christ est devenue l’arbre de vie. L’amour a vaincu la mort. O Croix de Jésus Christ, bras ouverts de Dieu ! Nos croix deviennent vie, victoire de Dieu ! C’est cela que signifie notre illuminée dans le chœur de l’église. 

            Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ… Avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus, s’écrie saint Paul dans la lettre aux Ephésiens. Que ce soit pour nous une joie toute particulière mercredi prochain – Journée du Pardon - en cette église Notre-Dame. 

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

Jeudi Saint - 1er avril 2010                                                                              

« Je vous ai transmis »

 

            « Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur… ». Cette phrase de Paul est lourde d’interpellation pour nous quant à notre mission de transmettre.

            En premier, il y a la Parole du Seigneur ; c’est elle qui compte, c’est le Verbe incarné que nous avons à servir. Nos prédécesseurs l’ont fait depuis deux mille ans. Et grâce à cette chaîne ininterrompue, cette tradition, nous sommes là ce soir pour faire mémoire active de Jésus Christ.

            Nous sommes le maillon d’aujourd’hui. Ceux et celles qui viendront demain doivent pouvoir compter sur notre fidélité à notre mission baptismale de transmettre ce que nous-mêmes avons reçu.

            Comme dans une course de relais… où chaque membre d’une équipe court l’une après l’autre, l’enchaînement se faisant par le « passage de témoin » jusqu’à ce qu’il vienne.

            Sur le chemin de Damas, le Seigneur Jésus a certes touché le cœur de Saul, mais il a voulu passer par les disciples : Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. Il le confie en quelque sorte aux disciples de Damas, lesquels entre parenthèses auraient très bien pu esquiver le rendez-vous par peur de cet homme à la réputation inquiétante. Loin de là, Ananie et la communauté chrétienne du lieu partagent leur trésor avec le nouveau venu. Quel est notre trésor à nous ? Jésus Christ ? Tel qu’on nous l’a transmis ?

            Mais transmettre ne signifie pas seulement dire : c’est le Seigneur, c’est Jésus… Transmettre, c’est aussi faire comme le Maître a fait : Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.

            Le Verbe s’est fait chair, et nous sommes les disciples du Verbe incarné.

Sr Chantal-Marie Sorlin

 

 

Vendredi Saint - 2 avril 2010                                                                              

« Tout est accompli »

 

            Trois mots ! Trois mots qui ont le goût de la plénitude : tout, est, accompli. Trois mots à la jonction exacte de deux élans : le Fils vers le Père, le Père vers le Fils. Trois mots comme une borne pour indiquer le lieu, le temps de la rencontre. Trois mots écoulés des lèvres du grand prêtre par excellence, l’unique. Celui qu’on peut appeler en vérité le Pontife, c’est-à-dire celui qui est pont entre deux rives : celle de l’humanité et celle au-delà des cieux. Par lui, avec lui et en lui, la jonction est faite. 

            Tout est accompli. Puissions-nous, qui que nous soyons, laisser retentir au plus profond de nous-mêmes, cette ultime parole. Parole adressée à tous ceux qui, depuis la nuit des temps, cherchent et préparent. Parole pour tous ceux qui, las et désespérés, se sont couchés au bord du chemin. Parole pour tous ceux qui se sentent captifs de leurs enfers.  

            Tout est accompli. Dans notre temps, sur la colline du Golgotha, Jésus le Nazaréen, vraiment Fils de Dieu, récapitulant en lui toute l’humanité (Voici l’homme), a fait la percée du mur qui nous séparait de notre source : L’eau descendait du côté droit de la façade du Temple, selon le prophète Ezéchiel. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas. Désormais, plus rien ne sera comme auparavant. En ce jour où notre Mort se tourne vers le Vivant, plus rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur ! Oui, nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude, s’écrie Paul : ni la mort, ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur !  

            Quel que soit le visage de nos vies, peut-être à certains moments, ni beau ni brillant pour attirer nos regards… méprisé, abandonné de tous… compté pour rien… tout est déjà accompli. 

Sr Chantal-Marie Sorlin